Le grand saut

SEMAINE 1

Publié par Claire Bosse-Platiere

Journal du projet

Première semaine. Rencontre avec les enfants, de 6 à 10 ans. Je les fais jouer, écrire, raconter seul ou à plusieurs. Ensemble, on définit notre vocabulaire et on s'amuse. Ils s'amusent et je travaille à les regarder. J'aiguise mon regard et mon oreille. Je comprends vite que l'écriture pour certains est un frein, alors on écrit oralement et je les enregistre, puis je recopie leurs mots. Je tente de comprendre la manière qu'ils ont d'assembler les phrases, j'admire leurs néologismes, leurs hésitations, leurs tics naissants. Oui, c'est une belle rencontre, et leur énergie est communicative. Ils racontent, se racontent et leur solidarité est belle. Les masques m'empêchent de voir leur visages, (je ne les verrais jamais cette première semaine), alors je m'attarde sur leurs yeux et l'expression de leurs mains! C'est une rencontre pas comme les autres, on sourit avec les mots, avec les pieds qui dansent.

Et alors la question de ma propre enfance oubliée, s'impose à moi, comme un mystère. Que savent-ils encore que j'ai laissé derrière? Et dans le temps exceptionnel que nous vivons comment voient-ils le monde? La pandémie a frappé ce petit village de Saône et Loire comme la France entière et le virus rode, je le sens. S'est ouvert un dialogue intéressant sur la mort et leur perception de celle-ci.

Une première semaine riche qui promet de beaux horizons pour la suite. Sans mentionner l'accueil incroyable qui m'a été fait: les commerçants, la mairie, l'école, les enfants. Qu'il me tarde d'y retourner.

Quel est ce souvenir qui danse ?

Debout dans la salle de classe de mon enfance.

Ces questions.

Ces rires, ces chants, ces courses dehors,

Effrénées,

Jusqu’à plus souffle.

 

Quel est ce souvenir qui vibre?

Les casiers sous les tables,

Remplis de livres,

et de feuilles noircies.

Lino au sol et lumière éblouissante au plafond,

Etrangement réconfortante.

 

Nos écoles, 

Nos maisons oubliées,

Quels souvenirs y sont restés logés ?

Tout ce temps où je devenais.

Des années à advenir et puis l’oubli ingrat.

Nécessaire ?

 

Douces années – juste douces sans contrepartie,

Douces années oubliées,

Avec les chaussures devenues trop petites,

Les pantalons trop grands,

Et les pulls donnés.

 

Il est passé.

Qu’il est passé,

Et vite,

Le temps de l’enfance.