Takamaka en nuit américaine

#1 Loin des cartes postales j’arrive avec la pluie

Publié par Isabelle Levadoux

Journal du projet

La vieille case créole en bois craque sous les attaques de la pli*, il fait 30 degrés, l’air est moite. L’odeur épaisse des murs humides me colle à la peau et je me dissous doucement dans cette chambre que je ne quitte plus. L’île est un rectangle, encadré par ma fenêtre. Les éclairs y dansent illuminant le lourd capot qui couve le Piton des neiges. Sa silhouette est devenue pour moi le fantôme du jour qui ne se lève plus. Cette première rencontre est électrique, La Réunion ne me laisse pas l’approcher.

La nuit, le vent souffle.

Le vacarme de la pluie tape sur mon crâne endormi. Les échos de tempête réveillent en moi des orages d’enfance : la Corse et les déluges du 15 août. 30 degrés en maillot de bain sur le tapis du salon, j’affronte mon cousin au Monopoly. Puis, des scènes de films, Moonrise Kingdom et autres inondations en version sous-titrées résonnent sur le toit en tôles ondulées.

Je perds pied, tombe dans un trou noir et ouvre les yeux.

Ce matin le silence s’est levé, découvrant les montagnes. L’épais manteau blanc s’est dissipé alors je file, je roule vers les hauteurs de la ville et arrive à Bagatelle. Je passe le portail de Sarda Garriga : c’est mon premier jour d’école.

*Pluie, en créole

 

La tempête se lève

Paysage de ma fenêtre