Interrogation de numération !

# 2 Bonjour ! Madame… Madame la caméra ?

Publié par Isabelle Levadoux

Journal du projet

Cligno… OK. Je me gare… OK. Frein à main… OK. Mon sac, le trépied, la cross épaule, 2 objectifs, le micro … OK. Je ferme le coffre et m’avance vers le portail.

Mince... la caméra ! Retour à la voiture. Premier jour : premiers stress.

Dans ma tête tourne, en boucle la grande répétition. J’y ai la taille d’une fourmi devant un amphithéâtre de 2000 personnes : “Bonjour les enfants, moi c’est Isabelle, je suis réalisatrice, ensemble cette année on va faire un film documentaire. C’est quoi pour vous un docu…” Un ballon me frôle. 

Ça fait longtemps que cette effervescence de cour de récréation ne m’a pas effleurée. Je m’arrête, respire. Encore une fois, un grand coup et je souffle. Après tout, les enfants ne mangent pas leur instituteur.trice, le risque semble donc faible pour une intervenante. Je les observe, ils courent dans tous les sens : grands, petits, moyens, re-grands, moyens-grands, filles et garçons déjà en sueur. Il est 7h40, c’est la deuxième partie de balle au prisonnier. Le directeur est partout à la fois mais réussit à s’arrêter devant moi : 

“Ha bonjour Isabelle ! C’est la salle au fond de la cour, à gauche, premier étage”. 

Son sourire et sa bienveillance me rassurent. La cloche sonne, l'effervescence devient ébullition. D’un pas plus affirmé je rejoins l’escalier. Nathalie Hoarau, l’institutrice, monte les premières marches suivie de ses élèves. Je découvre leurs visages pour la première fois. Ils chahutent et continuent les jeux du matin en file indienne derrière l’institutrice. Certains abordent les marches à reculons avec une impressionnante dextérité. Je suis impressionnée et surtout ravie de les rencontrer enfin, je presse le pas pour les rejoindre.

Nathalie me présente en quelque mots à la classe et c’est à moi de jouer. Je vois alors les sourires fleurir sur leurs visages quand je leur explique que nous allons réaliser ensemble un film dont ils seront les héros.

- Whaaaaaa, c’est trop bien. Et vous avez une caméra maîtresse Isabelle ?

- La voilà !

- Elle est énooorme.

Je profite de cette attention bouche bée pour leur expliquer le programme de la semaine. 

- Cette semaine, il n’y aura pas d’atelier avec moi. Je vais cependant rester avec vous car je vais vous filmer à l’école avec maîtresse Hoarau. Le but est de vous habituer à la présence de la caméra, pour que vous arriviez à l’oublier car ensemble nous allons faire un documentaire. 

S’ensuit alors un débat, que je n’espérais pas aussi riche, sur ce qu’est un documentaire. Je commence avec l’évidence, le documentaire c’est l’inverse de la fiction, puis je tente un piège : mais est-ce qu’alors le journal du 20h c’est du documentaire ?

- Non, c’est le journal madame.

- Ben si c’est du documentaire car c’est la réalité.

Je lance un vote : la grande majorité pense qu’il s’agit d’un documentaire. Je les détrompe abordant pour la première fois avec eux la notion de reportage. Je finis mon intervention en assemblant la caméra devant eux, leur donnant le nom des différentes parties, leur permettant de se rapprocher et d'appréhender l’objet qui va les observer sur les prochains mois. Cette grosse machine les impressionne, ils sont timides et n’osent pas trop approcher, c’est normal, c’est le début, la première semaine sert à ça !

JOUR 1

À travers le regard de la caméra nous apprenons à nous connaître.