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Entrée en matière

Publié par Anouk Lejczyk

Journal du projet

Bla, bla, bla.

J'ai dû beaucoup parler car j'ai fini avec un gros chat dans la gorge, incapable de terminer ma lecture. C'était Le pays où l'on arrive jamais (1955) d'André Dhôtel, un auteur ardennais. L'histoire du gamin Gaspard qui croise un jour "L'enfant d'Anvers", enfant en fuite ; le roman relate leurs multiples rencontres et péripéties dans les Ardennes franco-belges, avec une géographie et une toponymie qui mêlent le réel et l'imaginaire, dont Vireux.

Au début de la séance, je leur ai fait écouter deux enregistrements. Ils et elles ont reconnu une forêt tropicale, des grillons, des insectes, des oiseaux – peut-être l'Asie, peut-être l'Australie... L'Amazonie n'est venue que très tard dans les propositions, après les avoir mis sur la voie. Tant mieux d'ailleurs : je la pensais plus hégémonique, dans les représentations – et je n'aime pas l'hégémonie. Je leur ai ensuite fait écouter un enregistrement d'une forêt en Casamance. Ils et elles ont tout de suite perçu que c'était un son nocturne : les insectes avaient un chant semblable à celui qu'on peut entendre par ici la nuit : dans la forêt, dans le jardin du voisin, chez les grands-parents, dans les hautes herbes. Des expériences sensorielles que j'aurais aimé avoir plus souvent à leur âge, et vers lesquelles j'aurais aimé qu'on guide mieux mon attention. 

Les enfants avaient préparé des exposés sur trois lieux-clés de Vireux-Molhain : le camp romain, la Collégiale, le Deluve et son pont des Américains. À partir de ces lieux, je leur ai fait écrire des petits textes. Au bout de cinq minutes, je leur ai donné la contrainte d'y faire intervenir une biche. (Ce n'était pas vraiment prémédité, d'ailleurs, j'ai sans doute dû penser à ce bon vieil ermite de Saint-Gilles avec sa biche de compagnie.) 

Parmi les histoires, il y en avait d'ailleurs une où la biche était sauvée par un chien, qui se sacrifiait pour elle. Un mélange du conte Le cerf et le chien: Un conte du chat perché (1999) de Marcel Aymé, et de Saint-Gilles. Une élève avait fait intervenir la biche dans les sous-sols de la Collégiale, laissant planer le doute sur le pourquoi de sa présence là-bas. Dans un poème, une biche mangeait de la quiche, avec une jolie note finale : "Cette histoire est faite / Par une mémoire". Dans un autre texte, une touche sentimentale aigre-douce : "De son côté, Louis revoit le cerf et la biche qui se promènent, ce sont ceux de tout à l’heure, lui qui n’a jamais aimé l’amour s’est tout à coup senti heureux." Sans oublier les histoires de fantômes mangeurs de biches, de biche aquatique (animal totem qui a sauvé Thibault de Lorraine, le souverain de Liège, de sa peur de l'eau), de Romains malins qui sont aussi des chasseurs têtus. Bravo les kids.

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