dessins préparatoires de Clément alias Vegeku, l'ingénieur de la bande

tête à tête

Publié par Eugénie Bernachon

Journal du projet

ma deuxième session à Cugnaux a commencé par trois jours d'entretiens individuels avec les enfants. j'avais conscience que ça prendrait beaucoup de temps, mais ça me paraissait nécessaire. le problème, ce n'était pas les enfants, mais le groupe. alors il fallait que je rencontre mieux les enfants.

je les avais prévenus avant de partir à la fin de la session précédente qu'il y aurait les entretiens, que je ne leur en disait pas plus mais que s'ils avaient envie de rêver à leurs personnages voir à préparer des choses, ils étaient libres de le faire. qu'ils seraient de toute façon accueillis aux entretiens en tant que personnages et pas en tant qu'eux mêmes.

le premier jour je suis donc entrée dans la classe avec des lunettes, des vêtements un peu plus élégants que d'ordinaire et un dossier à la main. je me suis présentée très sérieusement en tant que Louise, journaliste. ça les a enthousiasmés et je dois dire que moi aussi. c'était agréable d'être en contact avec eux en tant que personnage, de jouer un peu aussi au lieu d'être celle qui donne des consignes. j'avais tiré au sort un ordre aléatoire, n'ayant pas vraiment d'idée sur le temps que chaque entretien allait prendre. j'avais organisé un espèce de bureau d'interview caché derrière un panneau dans la salle des maîtres, rarement occupée pendant les heures de classe, sur lequel j'avais mis un enregistreur et mes notes que je ne leur laissait pas lire bien sûr. je les vouvoyais, leur proposait des verres d'eau, j'essayais de faire mon maximum pour les traiter comme des personnes très importantes, responsables ou porte paroles de la bande. j'introduisais l'interview en disant que c'était un honneur d'avoir un peu de leur temps parce que je savais qu'ils n'en avaient pas beaucoup et qu'ils n'aimaient pas les adultes, et que cet entretien journalistique était l'occasion pour eux de parler directement de leur bande et d'eux mêmes au monde entier. j'avais préparé des fiches pour chacun.e d'entre e.ux.lles : j'avais 7 questions de base qui pouvaient être posées à tous, puis pour chacun j'avais une ou deux questions spécifiques qui m'avaient été inspirées par des improvisations ou des choses qu'ils avaient pu dire ou écrire. bien évidemment je ne posais pas toutes les 7 questions à chaque fois en plus, j'improvisais en fonction d'où allait le dialogue.

les sept questions étaient : 

1. Présentez vous

2. Racontez moi une journée type dans la Horde des oiseaux

3. Pourquoi avoir décidé de se détacher des adultes ?

4. Qu'est-ce qui vous fait peur dans la vie ?

5. Racontez nous un moment où vous avez appris quelque chose qui a changé votre vie ou qui a été très important pour vous

6. Si vous pouviez profiter de cette micro société, la Horde des oiseaux, pour changer quelque chose qui ne vous plaît pas dans la vraie société de la réalité actuelle ce serait quoi ?

7. Est-ce que vous avez envie de profiter de cet entretien pour faire passer un message aux enfants et aux adultes du monde entier ?

les entretiens ont commencé superbement. j'ai compris vite que j'avais pris la bonne décision de prendre tout ce temps là. il y en avait qui s'étaient carrément pris au jeu à l'avance, comme Clément (alias Vegeku, ingénieur de la bande) qui avait dessiné les plans de leurs machines de défense et d'espionnage (voir l'illustration ci dessus) et plus tard Quentin (alias Espion 48), espion de la bande qui avait inventé une manière différente de parler avec un cheveux sur la langue qui faisait justement usage de ces machines au quotidien et empêchait les adultes d'essayer de les ramener dans leur régime politique "pas terrible", etc... et d'autres qui n'avaient pas préparé grand chose mais ont eu des fulgurances en direct.

c'était assez passionnant de les guider comme je pouvais à travers le dialogue. je les enregistrais (non sans leur avoir demandé leur accord bien sûr), je prenais également des notes et j'essayais quand je sentais que ça coinçait de relancer en essayant de sentir ce qui pourrait aider un élève et pas l'autre. mes questions ont aussi considérablement changé dans l'énoncé au fur et à mesure des passages parce que je me rendais compte que mes formulations n'étaient pas toujours très claires pour eux. il y en avait avec qui il était mieux de garder le silence pendant qu'ils bloquaient parce qu'on sentait qu'ils trouveraient leur voie seuls, d'autres qu'il fallait au contraire guider beaucoup à la voix, c'était passionnant de sentir cette chose si fine chez eux. pour les laisser se sentir libres et ne leur mettre aucun pression, je leur proposais d'éteindre l'enregistreur quand certaines questions demandaient un temps de réflexion, qu'ils ne se sentent pas pressés par les secondes défilant sur l'écran. tout ça a donné lieu à de vrais moments d'échange, il y en a certains que j'ai redécouverts, découverts et surtout ils se sont tous ouverts, et c'était précieux pour la suite. 

on a vécu trois jours de vrais échanges et de partage. et à partir de ce qu'ils ont dit pendant ces entretiens, j'ai commencé à écrire...

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