(c) charlotte beaudry

une manière de bouger ensemble

Publié par Eugénie Bernachon

Journal du projet

Comment bouger ensemble quand on se déplace dans les rues en bande d'enfants à la recherche de la connaissance ? 

Il faut ne pas se perdre et ne pas risquer d'être attaqué. Il faut se protéger les uns les autres sans avoir besoin d'y prêter attention constamment.

Alors on leur montre des vidéos de vols d'étourneaux et on est surpris de constater qu'ils n'en ont jamais vus ou qu'ils n'y ont jamais fait attention. Ils trouvent ça beau, ils disent qu'ils vont plus regarder le ciel maintenant. On leur montre aussi un vol d'étourneaux qui se font attaquer par un rapace et ils comprennent ce ballet naturel qui visent à se protéger les uns les autres coûte que coûte. Ils constatent que ça marche.
Alors on va dans la cour et ils commencent à marcher en groupe. Pas facile : ils ont beau dire qu'ils ne veulent pas de chef, beaucoup d'entre eux s'arrangent pour se mettre pile à l'endroit où, quand le groupe tourne, ils sont sû.re.s d'être en tête. Certains ont du mal à coller. Plus on fait l'exercice, plus ils oublient ce qu'on leur a montré et le pourquoi du comment alors ils trainent des pieds. On comprend que le concept de répétition les ennuie, qu'ils estiment que quand on a réussi une fois c'est bon pour toujours. 
Je trouve difficile de mobiliser leurs imaginations pour qu'ils fassent "comme si". C'est comme si, à la veille de leur entrée au collège, ils estimaient qu'il fallait tout faire pour ne plus "passer pour des bébés" et que faire "comme si" c'était précisément un "truc de bébé". Bien sûr, je parle en général mais il y en a beaucoup, presque une majorité, qui sont à fond et qui commencent à renâcler quand les séances sont sérieusement ralentie par les autres.

On commence à trouver la clé de la chorégraphie quand certains leaders, en sentant qu'ils ont tout le groupe avec eux derrière sans regarder, se mettent à courir et que les autres suivent. Cette sensation de liberté à courir tous ensemble ouvre leur joie, leur imagination, leur enfance, et c'est beau à voir.

Je me demande si nous étions pareils à cet âge, si nous étions également sérieux et terre à terre ou si l'évolution de l'état du monde pèse sur cette génération. Evidemment, par rapport à la pièce que j'écris moi même qui est si ancrée dans notre époque, ça m'ouvre des pistes de réflexion. Est-ce que l'insouciance de l'enfance a diminué avec le temps et les événements ? Où en étions-nous à cet âge ? Avions-nous plus d'espace pour rêver le monde ?

C'est beau de les voir lâcher prise, de voir leurs visages s'ouvrir, sourire, de les voir s'évader dans une possibilité de liberté avec des codes différents de ceux dont ils ont l'habitude. D'ailleurs, sans surprise, dans les questionnaires qu'on récupère le matin, à la question "qu'imaginez-vous pour votre bande d'enfants ?", nombre d'entre eux ont entre autre répondu : "j'imagine qu'ils se déplacent toujours en courant"...

A travers leurs drames internes très adultes, on commence à percevoir la poésie de leur enfance.

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