Les récurrences

Trouver des traces, faire un récit, être interrompue

Publié par Garance Coquart-Pocztar

Journal du projet

Me voilà seule à la maison, avec la lourde tache de réaliser un scénario convaincant qui satisferaient tous les CM2 de l'école primaire d'Orbey.

J'ai volontairement pris la décision d'impliquer les enfants dans l'écriture du scénario. Pour cela, je leur ai fait travailler l'écriture par différentes entrées : celle du dessin, du jeu, de l'écriture. Je leur ai proposé d'imaginer le futur à travers des objets, des corps, des histoires, des personnages et des paysages. Je ne regrette pas d'avoir fait, car cela m'a donné beaucoup de matière pour réaliser un film riche et singulier. En revanche, force est de constater que ce fourmillement d'idées demande un grand travail de synthèse de ma part, si je veux espérer produire avec les enfants un film cohérent de moins de 35 heures.

J'ai commencé par numéroter les différents scénarios des enfants et par leur donner un nom, qui me permettrait d'y revenir facilement. Puis, j'ai travaillé comme je l'ai toujours fait : en faisant des tableaux. Oui, je suis ce genre de personnes psycho-rigiques qui aime la rigueur d'un tableau Exel pour organiser son quotidien chaotique d'artiste.

En relevant les récurrences dans les différentes histoires des enfants, j'ai ainsi pu noter les éléments qui leur étaient essentiels (ou du moins partagés), ainsi que ceux qui entraient en contradiction. Mon but n'était pour autant pas de choisir les thèmes qui auraient récolté le plus de voix (car cela ne donneraient pas nécessairement l'histoire la plus intéressante ou pertinente), mais de visualiser des thématiques qui seraient les enjeux forts de cette classe de CM2. 

En parallèle de ce travail analytique, j'ai réécouté des enregistrements des enfants jouant des scènes dans un Orbey du futur fantasmé, afin de nourrir mon ébauche de scénario. (N-B : ces enregistrements sont pour le moment inaccessibles, n'ayant pas pu, à cause de la crise du Covid-19, récupérer toutes les autorisations de partage des voix des enfants.)

récurrences scénaristiques

Puis, je garde évidemment en tête, comme troisième et dernier pillier sur lequel construire mon scénario, le livre de William Hope Hodgson, La maison au bord du monde, qui a inspiré mon projet. Dans ce livre, un groupe de randonneurs trouve une ruine de maison, dans une grotte. Dans cette ruine, il trouve un manuscrit : le journal du bord du vieil homme qui a vécu là avec sa soeur. Ils y apprennent comment se sont déroulés les derniers jours de son existence dans cette maison qu'on dit être celle du diable, cette maison au bord du monde et du temps, et surtout, au bord de notre réalité.

M'est d'avis que cette structure (certes classique mais efficace) pourra être reprise : un groupe d'individus trouve une demeure d'un autre temps. Dedans, les objets conçus par les enfants, garants de la mémoire des individus qui les ont posséder.

La maison au bord du monde

Alors que je commence à y voir plus clair sur ce que nous allons pouvoir faire comme film, appuyée sur l'analyse des récits des enfants, le souvenir de leurs petites scènettes et le roman de Hodgson, vient la rumeur que les certaines écoles du Haut-Rhin seraient fermées. On est au début du mois de mars. Après un échange avec Anne, l'institutrice qui accompagne mon projet, je réalise deux choses :

  •  tout d'abord, mon projet va être suspendu pendant une date indéterminée. Pour le moment, je n'ai aucune idée de comment le faire continuer à vivre à distance, et même si cela est simplement possible. Les étapes que j'avais prévues ensuite —construire ensemble des décors et des costumes, faire un grand tournage— me semblent impossibles à mener à distance. Cela va demander un sacré effort d'imagination et d'adaptation.
  • ensuite, impossible que mon film d'anticipation (que je souhaite construire comme un regard d'une époque de crise politique, écologique et sociale à travers l'imagination d'un possible futur) ne parle pas de la crise sanitaire (qui en est le résultat) actuelle. Soudain, le besoin, d'une manière ou d'une autre, de faire parler des enfants de ça. Reste à espérer que j'arrive à mettre en place des solutions permettant ce nouveau temps d'écriture et de réflexion.

Mon projet est donc arrêté (mais pas inactif !) en plein vol, dans l'attente d'une possible reconfiguration. Sera-t-il possible de faire un film ? Peut-être pas. Mais quoi qu'il en soit, je m'engage à produire quelques choses avec ces enfants. 

Compte tenu de la situation sanitaire, l’accueil des Ateliers Médicis est fermé. +