OÙ JE DÉBUTE LE TRAVAIL (2)

Publié par Théophile Dubus - Cie Feu un rat !

Alors donc, nous avions commencé la SESSION DE RECHERCHES DRAMATURGIQUES. Comme elle a duré pas moins de 10 jours (six jours d'école, en fait), on a eu le temps d'aller dans pleins de directions différentes et de voir et faire beaucoup de choses. Moi, je commençais tout juste à faire le lien entre le travail mené par les élèves et mon propre projet d'écriture. Mais, d'abord, il faut que je parle de trois moments particuliers.

UN FILM - UNE PIÈCE - DES CONTES

©The Nightmare before Christmas - Henry Selick / Walt Disney Studio Distribution
The Nightmare before Christmas (L'étrange Noël de Monsieur Jack) - Henry Selick, sur des personnages de Tim Burton

OÙ ON REGARDE UN FILM

En travaillant avec la classe, j'ai parlé du film L'étrange Noël de Monsieur Jack, d'Henry Selick et Tim Burton.  Comme beaucoup d'élèves ne l'avaient pas vu, j'ai choisi de le diffuser en entier pour qu'on puisse en discuter et, éventuellement, s'en inspirer.

J'aime beaucoup ce film, son côté "comédie musicale", le mélange de joie et de mélancolie qu'on y trouve, la douceur de l'animation qui permet de montrer des choses effroyables avec distance, et le fait que tous les personnages qu'on voit, même ceux qui n'apparaissent que quelques secondes, me donnent envie d'imaginer leurs histoires.

Bon, on ne peut pas dire que ça a déclenché l'hystérie des foules. Globalement, même si certaines et certains ont adoré, la classe a été plutôt intéressée - sans plus. C'est la vie. Et puis ça a donné des discussions intéressantes.

Par exemple, et même si ça n'a rien à voir avec les monstres, on a parlé de Walt Disney, et de Walt Disney Pictures, et de ce que c'est une maison de production, et de puissance économique, et du fait que, l'art, c'est aussi de l'argent et du pouvoir. Et là, Zyiad a dit cette phrase vraiment super : "Ah, mais Walt Disney, c'était une PERSONNE ?". Il n'en revenait pas.

(Je crois qu'un jour, j'écrirai une pièce rien qu'à partir de cette idée.)

Lecture du "Dernier des Romantiques"
Une lecture de ma pièce "Le Dernier des Romantiques"

OÙ ON LIT UNE PIÉCE

Plus tard, comme on parlait beaucoup de spectacles et de pièces, je me suis dit que ça pouvait être bien de donner un exemple de ce que j'écris. J'aurais bien aimé faire venir de Truelle (une histoire d'enfant triste) pour qu'on joue le spectacle, mais c'était trop compliqué. Et comme on parlait toujours beaucoup de Joseph Merick, dit Elephant Man, j'ai eu une idée.

C'est drôle comme, parfois, il y a des choses qui sont tellement sous notre nez qu'on ne les voit pas tout de suite. Le fait est que j'avais quasiment oublié que j'ai DÉJÀ écrit une pièce sur les monstres, et même précisément, sur les freak-shows.

Cette pièce, elle s'appelle Le dernier des romantiques. Je l'ai écrite en 2012, à le demande du comédien Antoine Barberet, et elle a été mise en scène par Mélanie Charvy en 2015. C'est une pièce qui est déjà un peu vieille et mon écriture a beaucoup changé depuis, mais elle est tellement dans le thème de la résidence que c'était évident de la lire.

J'avais un peu le trac, de lire/jouer devant la classe. Avec Claire et Sarah, les institutrices stagiaires, on a transformé la salle de classe en salle de spectacle, on a mis quelques lumières, j'ai réuni deux ou trois accessoires, et puis les élèves sont entrés et j'ai commencé. Très vite, le trac est parti et, pendant une heure et quart, ça a été très agréable. Les élèves m'écoutaient avec une vraie attention, et puis ça résonnait fort avec notre travail en cours.

C'est le monologue d'un homme qui raconte l'histoire de sa famille et plus précisément de son arrière-grand-père, qui, à cause de sa difformité physique, a passé du temps dans une Parade Monstrueuse. Ça parle, forcément, de monstruosité, de haine, mais aussi d'amour et de fierté.

Parmi les choses que je n'aime plus dans ce texte, il y a le titre. Alors, avec les élèves, on a essayé d'en trouver un autre. Après plusieurs propositions et vote démocratique, on a choisi Des monstres.

Esmé Planchon
Esmé Planchon, conteuse, romancière, comédienne, performeuse, formidable.

OÙ ON RENCONTRE UNE CONTEUSE

Le troisième moment particulier de la période de recherches dramaturgiques, ça a été la venue d'une personne qui m'est très importante. Elle s'appelle Esmé Planchon, elle est romancière pour la jeunesse, conteuse, comédienne, performeuse, elle a toujours mille idées, on travaille souvent ensemble et, quand on écrit, on se fait toujours lire nos textes en cours. Alors, comme j'allais de toutes façons beaucoup lui parler de Charmont-sous-Barbuise, je me suis dit que j'allais l'inviter, pour qu'elle nous raconte des histoires de monstres et qu'elle nous donne des idées et des conseils pour écrire.

Les élèves sont arrivé·e·s le matin avec leurs coussins et se sont installé·e·s pour écouter trois contes. C'était très fabuleux, comme moment, parce qu'Esmé est vraiment très forte pour raconter les histoires qu'elle invente et j'avais presque envie de pleurer de bonheur de voir comme elle était écoutée avec passion et attention.

Ensuite, on lui a posé des questions sur son parcours, sur ses deux romans publiés (Faut jouer le jeu, à l'Ecole des Loisirs, et On habitera la forêt, chez Castermann Junior), et surtout, sur comment les idées et l'inspiration lui viennent. Il y a eu des questions particulièrement pertinentes. Par exemple, Maxence lui a demandé "est-ce que vous vous inspirez de vos rêves pour écrire ?", et "est-ce que parfois, vous oubliez ce que vous avez écrit ?" et "est-ce que parfois vous ne comprenez pas ce que vous écrivez ?". J'étais impressionné par la qualité de ces questions - dont la réponse était "oui" pour les trois.

Esmé était merveilleuse, parce qu'elle parlait très librement et alors c'était passionnant à écouter. Quand elle utilisait des mots compliqués ou des notions nouvelles, on prenait le temps d'expliquer. Par exemple, "conte étiologique", "surréalisme", "performance" ou encore "cliché".

Elle n'est restée qu'une matinée, mais c'était un moment très important de la résidence, et on en a souvent reparlé avec la classe. D'autant qu'elle a laissé ses deux romans dédicacés et, maintenant, ils sont toujours avec nous.

 

Après ces trois temps, la première session de travail touchait à sa fin. Je continuais à ne pas savoir où on allait, mais je commençais à entrevoir des directions qui m'intéressaient. Le dernier jour de ma présence, on a fait un bilan, et c'est ce dont je parlerai dans le prochain article.

A bientôt ?