recherches lumières, ombres

Résidence au Hangar

Publié par Louise Morel

Durant les dix jours que nous avons passés à Lamothe au mois de mai, la première semaine a été en grande partie consacrée à la de la recherche esthétique et plastique pour les éléments de décors dont on verrait les silhouettes sur le plateau.

S'installer dans le hangar du cantonnier 

hangar du cantonnier de Lamothe-Fénelon

Au mois de mai, le cantonnier de Lamothe-Fénelon a vidé son hangar afin que nous puissions nous y installer pour occuper l'endroit à notre guise, tout le temps que nous serions là aux mois de mai et de juin.
Cohabitant avec de nombreuses hirondelles, nous avons installé notre décor et pris l'habitude de le couvrir de bâches chaque soir, afin d'éviter les mauvaises surprises au matin. Car outre la poésie des ballets aériens et le charme du piaillement des oisillons affamés, les hirondelles peuvent aussi se montrer salissantes.

La première semaine nous nous sommes consacrés à notre espace, aux éléments de décor que nous avions à peine commencé à construire à la fin de la semaine d'Avril, mais également à la partition lumineuse, en d'autres terme à la scénographie. Mais cette fois-ci, nous la travaillions en lien étroit avec la dramaturgie de la pièce et sa chronologie. La construction du spectacle et les agencements de tous les éléments que nous avions travaillés séparément et que nous avions encore besoin de construire commençaient à se faire.
 

Ombre de l'arbre - travail en cours

Nous avons testé et décidé, pas à pas, quel éclairage animerait quelle scène. Nous avons défini leurs emplacements définitifs, fabriqué des caches spécifiques (par exemple, les scènes chez la jardinière sont éclairées par un projecteur sur lequel il y a un porte-gélatine très spécifique, où nous avons assemblé des morceaux de gélatine de différentes couleurs afin de créer un effet de verrière et une lumière plus douce), et donné un sens à l'utilisation de la lumière. En avant scène par exemple, le village évolue au fur et à mesure de la narration. Il est logique que la lumière accompagne son évolution. Elle ne permet pas uniquement de voir l'action, elle lui donne aussi un sens. Dans la première séquence au village, celui-ci est éclairé de face et latéralement, d'une lumière chaude, rassurante et joyeuse. Mais petit à petit son intensité baisse, bientôt le lampadaire du village se retrouve pratiquement seule source de lumière et les villageois effrayés évoluent dans cette atmosphère angoissante. La Régente, devenant de plus en plus effrayante, est de moins en moins éclairée, et sous des angles qui créent des ombres inquiétantes sur son visage. À travers tout cela, la lumière est, autant que les comédiens, actrice de la narration, et provoque chez les spectateurs des émotions supplémentaires.

Construction d'éléments de décor
Construction d'éléments de décor

À grand renfort de cartons, cutters, ciseaux, fils de fer colorés, gélatine découpée, gaffer, nylon... nous avons bricolé, testé, échoué, recommencé, longuement, des objets, des éléments de décor, pour certains mobiles (l'arbre perdant ses feuilles et ses branches, un vrai casse-tête, le rosier qui pousse...), afin de créer un espace plus vivant à l'arrière du drap.

Construction d'éléments de décor

Au soleil devant le hangar (avec des murs si épais, l'intérieur était vite... très frais !), nous avons longuement cherché, certaines choses sont restées en attente faute de temps ou d'outils à portée de main, mais nous avons tout de même pu faire un pas énorme en terme d'esthétique, en terme d'écriture de la lumière et de l'espace, et cela nous a permis de progresser dans les journées de répétition en sachant mieux nous orienter.

Répétitions dans un nouvel espace

Après cette semaine intense, il nous restait trois jours de travail au plateau. Nous avons concentré les répétitions sur les nouveaux éléments, notamment en ombres : l'espace de la jardinière avait beaucoup changé et il fallait s'y adapter, l'arbre arrivait et il fallait le prendre en compte... Nous avons également commencé à travailler la fin que nous n'avions pas pu voir sur scène la fois précédente.
Nous avons testé et validé certaines idées issues de ma réflexion et d'échanges avec mes camarades entre les deux périodes de résidence : ne pas hésiter à aller vers l'abstraction dans les ombres, en équilibrant avec un apport narratif plus important, notamment. C'est lors de cette résidence que nous avons fait beaucoup intervenir les silhouettes des mains des villageois, à la manière, d'une certaine façon, d'une synecdoque visuelle. En les symbolisant ainsi nous créions des images intéressantes, tout en gagnant en simplicité, et plus techniquement en gagnant du temps, et du rythme.

Nous avons d'ailleurs pu tester cet effet devant notre public privilégié puisque nous avons accueilli les enfants en répétition un après-midi. Nous étions complètement en séance de travail et nous voulions tester plusieurs choses avec les mains : celles qui découvrent la fleur noire chez la jardinière et qui sont émerveillées, et celles qui harcèlent la jardinière, qui ne supporte plus les fleurs colorées. Les enfants nous ont vu mettre des choses en place, essayer, arrêter, bouger des choses, recommencer, se parler, donner des indications, se tromper... bref, travailler. Nous voulions leur montrer à la fois notre univers, notre esthétique, le spectacle en cours de création dont ils avaient tant entendu parler, et aussi désacraliser la répétition théâtrale, afin qu'eux, à leur tour, n'aient pas peur de montrer ce qu'ils faisaient devant leurs camarades, devant nous, bref, qu'ils n'aient pas peur de travailler (et qu'ils n'aient pas la pression du rendu final).
En deuxième partie de séance nous avons discuté ensemble autour de ce qu'ils voyaient, avons répondu à leurs questions, avons entendu leurs suggestions... et leur avons un peu montré l'envers du décor, et quelques "trucs". Ils étaient très enthousiasmés, enfin... tant que les bébés hirondelles sont restés cachés. Parce qu'une fois qu'ils eurent pointé le bout de leur bec, difficile d'avoir leur attention. On les comprend.

Cette résidence de mai nous a encore permis de bien progresser dans le spectacle, mais il nous restait du pain sur la planche. Nous avions une courte pause avant de repartir, la semaine suivante, sur les chapeaux de roues !

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