L’école comme cabane commune

Publié par Simon Riedler

Architecture Installation Sociologie Scénographie urbaine

Mardi 13 octobre, les élèves sont libres d’installer leur sculpture-bobine dans quasiment toute l’école, ils choisissent en fonction de la taille de la sculpture, du passage… De façon autonome et ambitieuse.

Pour être déplacées, les sculptures sont précautionneusement démontées en plusieurs blocs, transportées et reconstituées à leur destination. Lors de cette mission les élèves offrent des coups de main de groupe en groupe, poursuivant la belle alchimie collective observée depuis le début. Le plan suivant s’instaure :

Préau : « Cabane des fils royaux », « Cabane de Romane »

Couloirs : « Chevalet royal », « Trotta-bobina »

Flash futur : 16 octobre, performance "Trotta-bobina"

« Grenade » - déplacée le dernier jour sur le terrain de sport pour mieux respirer

Flash futur : 16 octobre, déremontage de la "Grenade"

Toilettes : la bobine de Jules (camarade de l’année dernière qui avait créé une bobine lors du confinement)

Salle de motricité : « Planète douche ». Les artistes de la planète douche s’affranchissent quelque peu de la forme initiale et transforment leur œuvre jusqu’au dernier moment. Ashley s’y adonne et en oublie de partir en récréation.

"Planète douche" : Evolution

Bureau de la maîtresse : « Tourne-Tourne à roulettes »

Le mardi 13 octobre après-midi, les sculptures sont installées et les bobines peuvent être déroulées, les fils accrochés jusqu'au vendredi.

L’école se transforme ici en cabane avec transat et « escape game » (où il faut se mouvoir en esquivant les fils), là en salle de bain, le plafond devient trappe où coincer le fil, la chaise ou la table un escabeau, les poignées de porte de fenêtre grillage accueillent des fils...Les élèves observent leur environnement sous un nouveau jour, ludique, joyeux et coloré.

Ils décorent le cadre de leur vie quotidienne et découvrent certaines coulisses. Dans le bureau de la directrice, qui a accepté l’installation du Tourne-tourne à roulettes, les élèves découvrent des photos de classe de générations précédentes où figurent frères et cousines…La relation maîtresse-élève évolue avec une proximité et un objectif commun à atteindre ; le rôle de « donneur d’ordre » circule entre les élèves et les maîtresses, en particulier Mathilde la remplaçante du mardi qui accroche les fils en hauteur et souligne « je ne suis que l’éxécutant ».

Logiquement, le rôle des espaces change, n’étant plus seulement pratique et routinisé : dans les toilettes, Tom et Cléa glissent le fil de cabine en cabine, Cléa et Lia de robinet en robinet. Debout sur une table au milieu de la classe, Amaury noue un fil au plafond.

Une telle prise de liberté comporte ses limites. Elle diffère grandement entre espaces intérieurs et extérieurs. Dehors, l’espace est déjà approprié par l’atelier fabrication et les fils entre les cabanes et l’environnement forment un « escape game » qui obstrue le passage ; dedans, les fils doivent être accrochés en hauteur par un adulte ou avec un escabeau, ce qui implique que les enfants ne peuvent pas être laissés seuls. Or ayant compris cela, et jouissant d’une liberté inédite, certains élèves n’auront de cesse de courir dans les couloirs et sauter dans les trampolines de la salle de motricité.

Tant les enfants sont absorbés dans leur activité, ils nous oublient et les regards caméra sont rares. Au point que Romane oublie la présence de Madlen face à elle et lui lance « Tu es un ninja! ».

Le groupe-classe a ainsi réussi à s’exprimer avec les fils, poursuivant son œuvre collective en perpétuelle transformation tels ces fils de l’ « escape game » sans cesse descendus, remontés, déplacés...Si les sculptures-bobines ont été créées en groupe séparés avec échange de matériaux entre eux, le réseau en fil marque la mise en commun de l’oeuvre. Où toutes les sculptures appartiennent à tous les élèves qui sont libres de dérouler les fils. Cela dit l’optique de l’oeuvre collective n’est pas immédiatement acceptée, comme lorsque Romane crie « C’est. Ma. Bo. Bine ! ». Madlen lui explique qu’une fois installée la sculpture-bobine et son fil appartiennent à toutes et à tous, Romane comprend et s’ouvre.

Ce passage de l’individuel au collectif est matérialisé par les dessins des réseaux en fil imaginés dans le village, où la grande majorité des élèves a représenté sa maison ou sa ferme reliée par des fils au reste du village. Plusieurs binômes se forment pour unir deux dessins. Les dessins sont suspendus aux fils dans toute l’école en compagnie de photographies du processus de création des sculptures-bobines que nous avons imprimées. Par exemple devant la Planète douche on trouve des photographies de la création de la grenade et des dessins des créateurs de la Trotta-bobina.

Unissant le réseau en fil de Pouillenay avec les réseaux en fil latino-américains, nous imprimons une sélection de photos que les élèves accrochent également aux fils. Ils sont ainsi mis nez à nez avec des enfants participant au même projet à l’autre bout du monde.

Le terrain est prêt pour l’exposition du dernier jour où les parents sont invités.

Echantillon des photos d'Amérique latine accrochées aux fils

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